Luc CHATEL alerte sur les risques qui pèsent sur le tissu industriel de la filière automobile

20 décembre 2018

Réunion du Comité stratégique de la filière automobile

Luc CHATEL, président de la Plateforme automobile (PFA), a présidé aujourd’hui, à Bercy, le Comité stratégique de la filière automobile.

Il s’agissait, dans le prolongement de la signature du contrat stratégique de la filière automobile, le 22 mai dernier, de dresser un premier bilan à six mois des engagements réciproques pris par les industriels et par l’Etat.

Le président de la PFA a tout d’abord fait le point sur l’évolution de la conjoncture, soulignant que le marché européen, avec une chute de – 8% en novembre, enregistrait sa troisième baisse consécutive, après -23,5 % en septembre et -7,3 % en octobre, dans un contexte international marqué par le recul du marché chinois, moteur de la croissance mondial du secteur, qui devrait clôturer l’année 2018 en baisse pour la première fois depuis 1990.

« Cette tendance baissière sur le front des marchés, a-t-il insisté, intervient à un moment où, comme je le soulignais déjà il y a six mois, la filière automobile joue tout simplement sa survie, avec des entreprises contraintes d’investir très massivement pour rester dans la bataille de l’électromobilité et du véhicule connecté et autonome, et devant s’adapter, dans le même temps, à un rythme fou, à des exigences réglementaires qui ne cessent de s’accroître.

A cet égard, la décision conjointe du Conseil et du Parlement européens sur un objectif de baisse de 37,5% des émissions de CO2 entre 2021 et 2030, bien au-delà des 30% initialement proposés par la commission européenne, apparait comme un nouvel obstacle ».

Dans ce contexte, Luc CHATEL a tenu à faire part de deux « sujets de forte inquiétude».

Premier point de vigilance : le développement des bornes de recharge ne va pas assez vite et risque de freiner l’émergence du véhicule électrique.

« Nous nous sommes fixé une ambition sans précédent en nous engageant à multiplier par cinq les ventes de véhicules électriques d’ici à 2022, avec, pour condition essentielle, le développement des infrastructures de bornes de recharge : l’Etat s’est engagé à porter leur nombre à 100.000 sur la période, nous ne serons, au 31 décembre2018, qu’à 25.000 seulement.

Les industriels, de leur côté, sont au rendez-vous, avec des investissements lourds: le jour même de la signature du contrat de filière, PSA annonçait un investissement de 220 M€ pour produire une nouvelle génération de moteurs électriques dans son usine de Trémery (Moselle), et, à l’occasion du Mondial de l’Auto, dévoilait le lancement, dès 2019, d’une version électrique ou hybride sur 100% de ses nouveaux modèles. Moins d’un mois après la signature du contrat stratégique de filière, Renault annonçait un investissement de plus d’un milliard d’euros en France dans le domaine de l’électromobilité avec, notamment, le doublement des capacités de production de la Zoé.

Mais, quelle crédibilité pour la politique qui vise à encourager le consommateur à préférer l’électrique, si le territoire n’est pas doté des infrastructures indispensables pour recharger son véhicule ?

J’ajoute que l’absence de visibilité sur le dispositif incitatif de bonus/malus de 2019 à 2022, comme l’Etat s’y est pourtant engagé le 22 mai dernier, ne fait que renforcer notre préoccupation. La garantie du maintien d’un niveau significatif de bonus pour l’achat d’un véhicule électrique n’est pas une option si l’on veut réussir le décollage du marché.C’est, là encore, une question de crédibilité des engagements que nous avons pris collectivement ».

Second point de vigilance : l’impact de la chute du diesel sur le tissu industriel.

« L’Observatoire de la Métallurgie vient de nous alerter dans son étude prospective actualisée ces dernières semaines sur « 35 000 emplois de la filière en France, directement concernés, dont la moitié très exposée » par l’accélération de la chute du diesel. Une telle accélération se traduit par des baisses brutales de commandes pour un nombre croissant de fournisseurs qui se retrouvent en situation difficile. Un retournement de conjoncture ne ferait qu’aggraver ce constat préoccupant.

Les dispositifs d’accompagnement des entreprises en risque doivent être renforcés pour les aider à redéfinir leur stratégie industrielle et les soutenir dans leurs investissements, en affectant des moyens à la hauteur des risques qui pèsent sur le tissu industriel du secteur automobile ».

 


A propos de la Plateforme automobile (PFA)

La Plateforme automobile rassemble la filière automobile en France. Elle est chargée de définir et de mettre en œuvre la stratégie de la filière en matière d’innovation, de compétitivité, d’emploi et compétences, et de porter la voix de la filière.

La PFA est présidée, depuis le 4 décembre 2017, par Luc Chatel. Le Conseil des présidents de la PFA est constitué d’un collège des constructeurs français (PSA, Carlos TAVARES ; RENAULT, Thierry BOLLORE ; CCFA, Christian PEUGEOT), d’un collège équipementiers et sous-traitants (FAURECIA, Patrick KOLLER ; MICHELIN, Jean-Dominique SENARD ; PLASTIC OMNIUM, Laurent BURELLE ; VALEO, Jacques ASCHENBROICH ; FIEV, Jacques MAUGE ; Fédérations métiers – FFC, FIM, GPA, SNCP – François LIOTARD, LISI AUTOMOTIVE).

À lire aussi